Récemment, lors d'un atelier cinéma, j'ai découvert une adaptation d'une nouvelle de Franck Pavloff, Matin Brun... Le court métrage qui en est tiré, "Un beau matin" raconte comment des pensées extrêmistes (exemple de l'interdiction de posséder un chien naturel sous peine d'emprisonnement) peuvent s'installer de façon banale dans une société vigilante, en apparence comme la nôtre.

Passons maintenant à une affaire aen cours qui m'y fait penser et qui n'est qu'un exemple (j'ai préparé ma liste mais ce serait long) : le vote du projet de loi sur le Droit d'Auteur et les Droits Voisins dans la Société de l'Information (DADVSI). Comme des gens en parlent mieux que moi, voici quelques liens :

De la lecture :

Un exemple concret de ses conséquences : Isabelle, tu m'as prêté un cd l'autre jour et bien figure toi que maintenant, c'est interdit et tu risques quelques années de prison et plein de sous d'amende... Je suis certaine que tu es ravie ;)

D'autres exemples :

En conclusion : et bien, nous y voilà. Le glissement vers ce type de société est en train de se faire. Banalement, le plus discètement possible, sous nos yeux et peu réagissent. Quand les français réagiront-ils sur le fait qu'ils vivent dans un pays fasciste ? Après une guerre, comme en 1945...

Allez, j'ai décidé de lister finalement.

Exemple 1

Par exemple, ma mère est handicapée, en fauteuil roulant, et le montant de son allocation adulte handicapé baisse tous les ans alors que son handicap augmente au fur et à mesure qu'elle vieillit, qu'on m'explique ce qui se passe... Et bon, ce n'est pas avec les 450 euros qu'elle touche par mois, qu'elle va pouvoir se lancer dans la course de fauteuils roulants !
Tous les ans, elle doit remplir un dossier de demande d'allocations pour lequel elle doit fournir un listing de tous les comptes bancaires qu'elle possède avec les montants correspondants... et ceux de mon père. Que fait-on de leur vie privée ? En gros, mes parents n'ont pas le droit de faire d'économies, de vivre à leur goùt, d'améliorer leur condition de vie.
Ah oui, j'avais oublié de le dire mais quelque soit l'allocation que vous perceviez (chômage, AH, etc.), vous n'avez pas le droit de les placer sur un compte-épargne. Et si vous le faites, l'administration vous redresse en vous demandant de lui reverser les intérêts perçus grâce à ce placement ;)

Exemple 2 : la fameuse loi Perben II

Certains diront que je me réveille mais savent-ils que certains organismes comme EDF, France Télécom, les travailleurs sociaux, etc. sont fortement "invités" à signaler au Conseil Général du département dans lequel ils habitent et à leur mairie tout retard de paiement, toute demande d'aides financières etc... et cela dans le cadre de la prévention de la délinquance.
Car oui, un pauvre est un délinquant en puissance ! Sauf que là, nous sommes un peu tous concernés, surtout en ayant oublié la facture de téléphone ;).

Exemple 3 : les intermittents de Haute-Savoie ou comment étouffer la culture

Il y a eu plusieurs cas dans ce département et voici le témoignage d'une chanteuse.

Suite à une convocation sur mon portable au commissariat d¹Annecy, et sans aucune explication concernant le motif de cette convocation, je me rends à 9h le matin au commissariat d¹Annecy. Je n¹avais pas la moindre idée de ce qui m'attendait :
Là on me dit que je suis en garde à vue jusqu'au soir, si tout va bien, que j'ai le droit de voir un avocat, et de prévenir une personne de mon choix.
Je sens s'écrouler un cube de verre imaginaire tout autour de moi et dans ce fracas de verre brisé tous mes sens en éveil, je commence à me sentir coupable, mais de quoi ?!.?!
On me demande de retirer mes lacets, et tout le cinéma (essayez donc d¹aller aux toilettes avec le flic qui garde la porte ouverte), photos face profil avec l'ardoise noire, empreintes digitales, pas le droit de passer un coup de fil par toi même ni de répondre à un appel, etc...) On m'assène la coup sous les termes suivant : escroquerie aux assedic. On me récite mes droits, je saisis l¹occasion de l¹avocat commis d¹office pour avoir une heure de répit et avoir en face de moi quelqu¹un qui n¹est pas un ennemi, c¹est une petite pause salutaire. Mais le pauvre n¹est au courant de rien, n¹a pas accès au dossier et ne peut que me réciter des banalités, ça fait tout de même du bien de parler à un être humain. On commence par me nier le droit de me prétendre artiste, on me parle d¹émissions de télé, un autre flic arrive et décrit en rigolant la dernière émission de la nouvelle star, ³eux ont du talent ces petits jeunes². Ma substance vitale est en train de me quitter.Et peu à peu j¹apprends que les Assédic ont déposé une plainte contre l'association Abrasif... (je ne sais pas si je dois mettre le nom) avec qui j¹ai travaillé pendant trois ou quatre années comme relais pour mes heures, cachets et interventions artistiques.
On me demande de signer une autorisation de perquisition alors que mon domicile en Haute Savoie est celui de mon compagnon et que le mien est dans les Alpes de Haute Provence, et sur mon refus, on me menace de prolonger la garde à vue, de mettre ³en bas² comme ils disent, avec coups de poings sur la table, haussement de ton, et pressions psychologiques. Je finis par signer pour avoir la paix, puis je demande à me rétracter et là : re-menaces et haussement de ton. « Si vous collaborez on en tiendra compte etc,.... »
Je finis par accepter la perquisition chez Bao alors que mon adresse officielle est à Reillanne (alpes de haute provence) On me questionne sur des faits remontant à 5 ans en arrière, qu¹avez ­vous fait en 2001, 2002 ? Je m¹embrouille dans les dates, je n¹aime pas le passé, je suis toujours tournée vers l¹avenir et je n¹ai pas la mémoire des dates. Nous aussi on a des problèmes de mémoire, on en a tous² me dit le collègue du flic.
On m¹annonce qu¹on a les moyens de me faire avouer et que on verra tout à l'heure...je me sens prise dans un piège...j¹ai l¹impression que je ne vais pas survivre à cela, ma tête me fait mal, j¹ai l¹estomac qui fait n'importe quoi. Je vois mes parents mourir de chagrin, ma maison saisie, mon couple démoli etc, etc....
Arrive l'heure de midi, on m'apporte le plat Sarcozi, qui me donne envie de gerber, l'odeur est à l'image du reste. La femme flic a peur que je fasse un malaise et me force à manger... j'avale trois petits poids... j'ai envie de vomir. (finis les bons vieux sandwitch de Maigret).
On perquisitionne au domicile de mon compagnon (50km). De retour au commissariat, après avoir saisi tous mes feuillets et mes documents professionnels, ainsi que ceux concernant ma compagnie artistique, on m'interroge pendant encore 6 heures non stop sur ces documents, comment se passe l'enregistrement d'un disque, qu'est-ce qu'un concert, un spectacle, pourquoi telle facture ou telle pièce ? Des noms, qui est ce musicien, vous avez répété combien de temps, -ah, 12 heures de travail, vous vous foutez de nous etc...
On remonte depuis 2001, je ne me souviens de rien, je suis trop émue pour pouvoir me défendre ou me justifier. Je m¹embrouille encore plus dans les dates. J'ai monté cette association loi 1901 pour pouvoir fonctionner sur des projets artistiques tels que comédies musicales, concerts, disques en souscription etc.. Je n'ai pas d'argent, jamais reçu aucune aide ni aucune subvention de personne, je bosse des heures et des jours et des nuits comme tout le monde pour mener à bien tout ça comme un grand nombre d'artistes dans mon cas, je n'arrive pas à mettre 3000 euros de côté pour changer ma voiture qui a 20 ans (brave vieille nevada !) bref, la galère, mais le bonheur d'avoir choisi sa vie et de pouvoir construire des projets artistiques.
On m'explique que je vais devoir rembourser 47 000 euros (j'ignore d'où sort cette somme, car cela voudrait dire que j'aurais touché plus de 900 euros par mois des Assédic pendant 4 ans, ce qui est loin d'être le cas). Vers 9h du soir (12 heures plus tard de destruction systématique, je signe la déposition qui fait six page, je n'arrive pas à relire, j'aurais signé n'importe quoi pour qu'on me laisse partir. Je sens le sol se dérober sous mes pieds, mon avenir s'écrouler, j'ai envie de me foutre en l'air, je me sens humiliée et brisée.
Finalement, après un interrogatoire éprouvant de 12 heures, on me laisse partir avec la tête en feu, une nausée violente et pas du tout littéraire. Non sans m'avoir demandé de faire la preuve de toute mon activité artistique depuis 2001 - sans quoi je considérerais qu'il y a eu tricherie !
Je suis restée sans voix pendant deux jours, pour une chanteuse c'est amusant et j'ai souhaité de tout mon coeur trouver un boulot au supermarché du coin, et ne plus entendre une seule note de musique de ma vie.
Deux jours après, je me relève et je me dis qu¹il ne faut pas baisser les bras, ne pas leur donner raison, alors je repars sur le sentier de la guerre, sur ma clé de sol avec ma boule dans la gorge mais aussi l'envie de me battre et de ne pas en rester là.
Il y a beaucoup d¹autres petits soldats de l'intermittence qui vont passer comme moi sur le grill et j'aimerais bien qu'ils se manifestent, pour que nous soyons plus forts ensemble pour nous défendre et garder la tête haute.
Voilà comment, ne parvenant pas à faire disparaître le statut des intermittents par les voies de la négociation, on tente de le faire par d'autres moyens.

Sylviane Gentil

A qui le tour ?